Monaco Hebdo : L’UP et le RPM sont entrés en campagne (annonce de primaires notamment). Où en est PFM ?
René Giordano : P.F.M n’a pas attendu que d’autres formations politiques entrent en campagne pour, dès le mois de décembre dernier, donner un certain nombre d’indications prospectives sur la façon dont nous entendions appréhender la prochaine échéance électorale.
Fidèles à ce qui a été annoncé, nous avons travaillé dans deux directions : le renforcement de notre mouvement et l’ouverture sur l’extérieur. L’objectif étant de déboucher sur un rassemblement le plus large possible d’hommes et de femmes de bonne volonté ayant pour seule ambition de servir Monaco et les Monégasques.
MH : Compte tenu de la loi électorale, il sera difficile pour vous de vous présenter seul. Le pouvez-vous actuellement ?
En dehors des 3 élus PFM et de vous-même, qui pourrait se présenter sur cette liste ?
RG : Comme je viens de vous le dire, nous avons travaillé au renforcement de notre mouvement, ce qui a eu comme premier résultat, de nous mettre en situation, le cas échéant, de pouvoir nous présenter sous notre propre bannière.
MH : Envisagez-vous une alliance d’opposition et avec qui ? Avec qui êtes-vous en contact ? Quel rôle jouerait PFM dans cette alliance ? Un rôle de leader ?
Commettez-vous mettre d’accord alors qu’historiquement vous avez voté contre les élus UND ?
RG : Tout d’abord, l’expression «alliance d’opposition» ne saurait qualifier notre démarche. Si nous nous présentons aux suffrages de nos compatriotes, c’est dans un esprit avant tout positif. Nous avons d’abord la volonté de leur présenter des propositions constructives en toute transparence. Contribuer à la construction paisible du présent et de l’avenir de notre Pays, tel est notre mot d’ordre.
À cet état d’esprit qui nous anime, vous comprendrez aisément, que notre porte soit ouverte à tous les Monégasques de bonne volonté qui souhaitent discuter avec nous. Il n’en demeure pas moins vrai, que là encore fidèles à nos engagements, nous voulons que l’«ouverture» ne soit pas une simple affaire d’alliance partisane entre états-majors d’appareils politiques mais une véritable ouverture sur la société civile.
Du coup, vous comprendrez que nous ne raisonnons pas en termes de politique politicienne. Nous ne nous déterminons pas en fonction de nos intérêts partisans, mais en fonction de l’intérêt de Monaco et des Monégasques.
Vous voyez donc que pour nous, dire que nous voulons « faire de la politique autrement » a un véritable sens.
MH : Comment rassembler autour du contrat d’objectif (UP), considéré par certains comme anti-constitutionnel ?
RG : À «P.F.M» nous laissons volontiers fausses querelles et polémiques stériles à ceux qui n’ont rien à dire ou à proposer. Je ne veux donc entrer, à propos de l’ «U.P» de S. Valéri et de ses alliés, dans aucune polémique.
Je rappellerai simplement quelques données objectives à propos du « Contrat d’objectifs ».
Tout d’abord, cette méthode faisait partie des propositions présentées par l’«Upm» aux Monégasques pendant la campagne électorale de 2003. Ensuite, durant un temps, et logiquement elle a été l’objet de réunions de travail de l’«Upm». Enfin et surtout, il faut que l’«Up» de Valéri arrête de raconter n’importe quoi pour tenter de justifier un de ses manquements graves aux engagements pris devant les électeurs en 2003.
Quand on parle de «Contrat d’objectifs» en substance de quoi s’agit-il ?
Dans le respect de nos Institutions et de notre système Monarchique héréditaire et Constitutionnel, de permettre que le Conseil National puisse remplir le mieux possible son rôle de représentant des Monégasques afin de faire prendre en considération, par le Gouvernement, leurs attentes et aspirations exprimées démocratiquement lors des élections. Ce que permet d’ailleurs notamment l’article 66 de notre Constitution. Bref, que le Conseil National ne puisse pas être réduit, comme cela est souvent le cas, à un simple rôle de figuration et à n’être q’une «Chambre d’enregistrement» des volontés du Gouvernement.
Tout le reste n’est que pure affabulation ou volonté de «diaboliser» notre mouvement en essayant d’agiter un chiffon rouge pour faire peur. Ceci étant, pour être complet, cette proposition n’épuise pas le sujet des propositions constructives dont nous sommes porteurs. De plus par définition même lorsque l’on prône, comme nous le faisons, l’«ouverture», nous sommes cohérents et donc nous laisserons une place conséquente aux apports des autres composantes qui se joindraient à nous. Que l’on se rassure «Pfm» ne prétend à aucune position dominante. Nous respectons les convictions de tous et chacun pourra trouver sa place, nous ne revendiquons, pour notre part, que le même respect et esprit démocratique.
MH : Quelle est votre position sur l’IMG ?
RG : Nous sommes favorables à l’interruption médicale de grossesse qui en aucune manière ne doit être confondue avec l’interruption volontaire de grossesse. En effet, comment vouloir à tout prix imposer à une femme de donner naissance à un enfant qui serait le fruit d’un viol d’un inceste ou qui pourrait lui faire courir un risque avéré pour sa vie même? La morale et l’humanité élémentaires nous semblent ici se conjuguer parfaitement avec l’humanisme chrétien pour soutenir notre position.
MH : Pour vous, accession à la propriété aménagée est-elle un échec ?
RG : Tout d’abord, il me semble que pour traiter un problème, il faut le poser clairement. De quoi parle-t-on ? Si l’on veut parler de l’accession à la propriété telle que la propose la majorité actuelle du Conseil National, on ne peut dire si c’est un succès ou un échec dès lors qu’il s’agit non pas d’une véritable accession à la propriété mais de ce que l’on nomme un «droit d’usage» ou «d’habitation».
En effet, ce qui est proposé, c’est en fait de revenir au dispositif instauré par le règlement administratif du 16 décembre 1977 qui d’ailleurs confronté à un certain nombre de difficultés juridiques et d’application a été abandonné, il y a une dizaine d’années et à propos duquel un rapport du Conseil d’Etat concluait à l’inconstitutionnalité au regard de sa prétention à vouloir être présenté précisément comme assimilable à un droit de propriété.
En substance, les Monégasques pourraient acheter le droit d’habiter les appartements domaniaux qu’ils occupent déjà comme locataires (quid de cette possibilité pour ceux qui n’ont pas obtenu un logement domanial ?) C’est-à-dire des logements qu’ils n’ont pas eu la liberté de choisir et qui leur ont été attribués selon une grille de critères peu transparente et confuse. Étant entendu, pour couronner le tout, qu’ils ne pourront ni louer, ni revendre à une personne de leur choix.
Comme on peut donc s’en rendre compte facilement, pour peu que l’on pose clairement le problème, la majorité actuelle du Conseil National, applique également en matière d’accession à la propriété, la méthode qui lui est chère : la publicité mensongère fondée sur la communication et la démagogie.
Mais parce qu’à «Pfm», nous sommes constructifs, nous proposons l’instauration d’un véritable droit d’accession à la propriété pour les Monégasques, selon d’ailleurs l’esprit du programme «Upm» de 2003 auquel nous sommes, pour notre part, restés fidèles. La place nous manque ici pour entrer dans le détail des dispositions concrètes que nous préconisons pour aller dans ce sens. Nous avons eu à plusieurs reprises l’occasion, dans notre bulletin adressé à tous nos compatriotes, comme d’ailleurs dans vos colonnes, de les expliciter. Je rappellerai simplement que nous entendons instaurer un droit de propriété véritable, que nous avons défini son périmètre comme les aides concrètes et substantielles qui pourraient être accordées aux Monégasques candidats à l’accession, et même des mesures capables de dissuader éventuellement ceux qui seraient tentés de spéculer sur le bien immobilier ainsi acquis.
MH : Où en est votre consultation des Monégasques ?
RG : Vous faites allusion à une initiative que nous avons prise récemment. Le courrier que nous avons envoyé à tous nos compatriotes avec pour but d’engager avec eux un dialogue de proximité constructif et complètement libre, a reçu un nombre encourageant de réponses.
Ils souhaitent des hommes politiques proches de leurs préoccupations, sincères, désintéressés et au service du peuple. Ils veulent donc logiquement voir mis un frein sérieux au «clientélisme» et condamnent la démagogie.
Par ailleurs, certains thèmes forts ressortent : conditions de vie, qualité de la vie, pouvoir d’achat, rémunérations, prestations sociales, éducation, l’avenir des jeunes, priorité d’emploi aux Monégasques, revalorisation de la fonction publique, politique de santé, problèmes des personnes âgées, logement, accession à la propriété, ouverture sur le monde, culture et loisirs, solidarité et union des Monégasques, refus de l’arbitraire, etc…
MH : Quand pensez-vous définir un programme ? À l’automne ? Sur quelle base ?
RG : Nous travaillons à l’élaboration de notre plate-forme électorale qui sera prête d’ici peu. En cohérence avec notre démarche d’ «ouverture», elle ne sera pas, pour ceux qui voudront aller dans ce sens, à prendre ou à laisser. Elle sera soumise à l’appréciation de nos partenaires, confrontée avec leurs propres propositions et à travers ce dialogue constructif se dessinera la plate- forme électorale commune.
MH : Strasbourg propose qu’un financement des partis politiques soit mis en place. Serait-ce un « atout » pour vous ?
RG : Ici encore, au risque de décevoir les adeptes de la politique politicienne, nous ne posons pas le problème en termes d’intérêt pour nous.
Nous pensons que pour la transparence, l’éthique, l’esprit démocratique, il serait bon qu’un financement des partis politiques puisse être établi, nous y sommes donc favorables.
MH : La SBM est-elle bien gérée?
RG : Justement parce que nous voulons que la S.B.M soit enfin dépolitisée, il ne nous semble pas qu’il appartienne au politique de s’occuper de la gestion de cette société au quotidien. Il doit y avoir, pour cela des professionnels compétents, capables auxquels on doit pouvoir faire confiance. Par contre, et dès lors que la S.B.M est une entreprise Publique, il est normal que le Conseil National puisse être informé des grandes directions stratégiques de l’entreprise, des décisions importantes sur le plan social ou économique, et soit amené à en discuter avec le Gouvernement en pouvant exercer un pouvoir d’influence. Il faut donc que, dans cette logique, postes à pourvoir, promotions, avancements à la S.B.M ne puissent plus être décidés sur intervention du Conseil National.
MH : Comment réhabiliter le secteur protégé qui a pris un coup dans l’aile avec la décision du Tribunal Suprême ?
RG : Tout d’abord, je veux redire ici que notre mouvement est favorable au maintien à Monaco de sa population stable, composée traditionnellement des Monégasques et des « Enfants du Pays » qui forment une authentique communauté de destin. En même temps nous sommes de ceux qui pensent que les propriétaires d’appartements classés dans le « secteur protégé » n’ont pas à assumer la politique sociale en matière de logement qui doit naturellement incomber à l’Etat.
Depuis la décision du Tribunal Suprême élargissant le «droit de reprise» des propriétaires, le caractère protecteur de la loi 1291 vis-à-vis des locataires, a du plomb dans l’aile. Que faire alors pour que les deux principes auxquels nous sommes attachés puissent être conciliés ?
Il faut raisonner, non pas en termes d’opposition entre locataires et propriétaires, mais en termes de «gagnant-gagnant» c’est-à-dire d’équité et d’intérêt général.
Dans cette optique, il faut redonner de la protection aux locataires et en contrepartie consentir certains avantages aux propriétaires de logements anciens. Le but étant que les locataires puissent continuer à se loger à Monaco dans des conditions favorables et que les propriétaires soient en mesure de pouvoir louer leurs biens au juste prix, c’est- à dire à un prix ou ils ne se sentent pas spoliés.
Le Gouvernement avait, en son temps, évoqué l’instauration d’un «sur-loyer» que l’Etat verserait au propriétaire louant un appartement du «Secteur Protégé» pour compenser son « manque à gagner ». Nous pensons que cette piste de réflexion devrait être approfondie. Autre possibilité : une aide accordée aux propriétaires du secteur d’habitation concerné sous forme de subvention, de prêts à taux bonifié, voire à taux-zéro etc… Afin d’entretenir leur patrimoine.
Vous voyez que dans ce domaine, comme dans les autres, nous pensons que loin des polémiques politiciennes stériles, existent des solutions équilibrées dès lors que l’on vise l’intérêt des Monégasques et de Monaco AVANT TOUT.